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« Le Démosthène du XXIe s – Guillaume Prigent »

Le Démosthène du XXIe s – Guillaume Prigent

Guillaume Prigent se décrit comme un Littéraire

C’est un passionné de la langue française, de ses mots, de ses règles et de sa diction. Consciemment ou non, tout ce qu’il vient à entreprendre gravite autour de ce secteur d’activité. C’est ainsi qu’il se voit faire un baccalauréat Littéraire et une prépa hypokhâgne.

De fil en aiguille, Guillaume entre dans la vie professionnelle. Il travaille au Ministère de la Culture, dirige le club des juristes, entre dans la sphère du consulting, devient communiquant, de l’enseignement à l’université de Paris X, à l’Ecole de Guerre ou encore à Sciences Po, bref… Il embrasse une multitude de profils, il touche à tous les milieux et se diversifie autant qu’il peut. Pour autant, toutes ces activités ont un point commun : L’éloquence et son amour pour les mots ont été son fil directeur.

Si aujourd’hui Guillaume Prigent est professeur de rhétorique, ce n’est pas pour rien. Il est issu d’une famille de littéraire. Père éditeur, grand-père dans le milieu également, il grandit avec des livres, tout plein d’ouvrages qui lui permettent de développer son goût pour la langue, pour la littérature et son sens d’analyse et critique.

Il souffre d’un petit bégaiement

Pas réellement handicapant mais assez gênant pour le complexer. C’est qu’il ressent bouillir en lui mille pensées sans pourvoir jamais réellement les exprimer. De quoi le frustrer. De manière générale, les études littéraires le poussent à améliorer sa prise de parole : grands oraux ou khôlles, Guillaume n’a d’autres choix que de travailler sur lui-même, de contrôler son corps et d’avoir la main mise sur sa pensée grâce à l’éloquence.

Enfin, il est rapidement gagné par l’envie de se faire singulier. Il ressent au plus profond de lui, le besoin d’avoir sa propre pensée, de pouvoir aller à contre-courant en termes de discussion. Il découvre par la même occasion les fondements de la confrontation intellectuelle. Quoi de plus stimulant que de réussir à mettre en branle un adversaire qui était, quelques minutes avant, si sûr de lui ? Guillaume Prigent apprend les règles et la pratique de l’éloquence sur le tas.

Puis, avec le temps, il s’améliore. Il devient si bon qu’on commence à faire appel à ses services. Au début, il fait ça gratuitement, purement pour son plaisir personnel, il est payé en visibilité. Ce sont ses clients qui finissent par insister pour le payer. Entre la sortie de son premier livre et sa création de l’émission « Le Grand Oral », Guillaume Prigent prend confiance en lui. De plus en plus, on reconnaît son talent, on voit son potentiel.

« Pour 1 heure 30, on n’a que 2000 euros à vous proposer »

Il en vient même à faire une mission d’1h30 pour une entreprise du CAC 40. C’est lors de celle-ci qu’il a un déclic. L’organisateur lui dit d’office « Pour 1 heure 30, on n’a que 2000 euros à vous proposer ». Pour lui, c’est assez hallucinant. Il réalise que cette passion peut lui être rentable.

Le cours de sa carrière fait que Guillaume n’a jamais eu à chercher de potentiels clients. En effet, pour lui, c’est plutôt une petite activité parallèle et secondaire. Il a toujours souhaité garder un emploi cadre à côté. Peut-être qu’en étant formateur en permanence, cela lui aurait enlevé le goût de cette passion. En plus, il ressent encore le désir d’apprendre. Mais aussi et surtout, cet emploi de cadre donne à Guillaume Prigent une certaine légitimité. C’est grâce aux expériences et à un « beau » CV que ses clients lui font confiance. En étant prof de rhétorique à Sciences Po, ses propos ont dès lors plus de valeur, plus de pertinence. Ça fait la différence.

La prise de parole est un savoir-faire, un soft skill. C’est beaucoup plus complexe qu’un hard skill à légitimer. Les clients de Guillaume viennent donc vers lui soit par le billet de recommandations soit il les rencontre à des moments de son quotidien : soirée, évènement, dîners, etc.

On sait que l’éloquence est primordiale dans tous les secteurs d’activité mais tout particulièrement chez les avocats. Que ce soit pour plaider ou pour conseiller, l’avocat parle, il est en relation avec son client : il doit incarner confiance et charisme.

« Un truc d’avocat »

Une méthode élaborée sur le tas :

Il y a bien une méthode pour la prise de parole en public. Quand Guillaume a commencé à travailler sur le domaine, il s’est dit que c’était « un truc d’avocat« . C’est sur le tas qu’il a élaboré sa propre méthode. En effet, à ses débuts, il n’y avait pas réellement de profs, de cours, juste un petit groupe d’éloquence… C’est en enseignant à Nanterre puis en tant que consultant qu’il structure réellement sa propre méthode.

Mais alors… Comment ça fonctionne ?

Lors d’une prise de parole, il faut bien comprendre que la fonction première, la fonction de base commence au bas de la hiérarchie : l’idée c’est de relayer une parole, faire passer un propos. Plus on monte dans la hiérarchie, plus on incarne une voix, une personne (CEO, avocat, patron d’association, etc).

« Parlez-moi comme à un ami »

La formation d’éloquence prend du temps. Guillaume a besoin de connaître son client. Il leur demande notamment qu’ils lui parlent comme à un ami.

C’est lorsque qu’il se perd dans les mots de son client, qu’il prend du plaisir à l’écouter et que son masque de formateur tombe. Une fois que le discours dépasse le critique, « quand les fils ne se voient plus », le pari est gagné.

« Être frontal avec les clients »

Guillaume a choisi de mettre un point d’honneur sur la sincérité. Pour lui, le client ne peut pas avancer si le conseiller / formateur n’est pas 100% transparent. Il faut que ce dernier incarne un véritable Sparing Partner. Cela permet d’évoluer beaucoup plus rapidement.

Comment on sait qu’on devient si bon ?

« L’éloquence c’est sérieux, c’est simple, c’est intelligent. Ça doit être honnête »

« oubliez les exercices tels que celui de parler fort dans le métro »

Il est important de chercher au fond de soi, de se trouver.

L’idée c’est d’avant toute chose : s’entraîner avec des proches. Et le faire quotidiennement. Si dans une sphère dite « sécurisée », vous pouvez passer à l’étape supérieure est envisageable. Il est nécessaire de prendre confiance en soi. Il faut réussir à défendre un sujet, à en parler dans un environnement quel qu’il soit par la suite.

« Il faut être un infini curieux »

La lecture est un aspect qui passe souvent à la trappe. Pour autant, il est très important. Cela permet de développer un certain vocabulaire, d’acquérir une culture nécessaire.

De plus, il est nécessaire d’avoir une volonté de pratiquer l’introspection, de se regarder soi-même, sans artifice. En effet, c’est un travail qui relève de la connaissance de soi. Un discours doit avoir une incarnée, il doit être vécu. Alors que le texte nécessite que nous imaginions les mots, une prise de parole relève d’une véritable mise en scène. Ainsi, l’éloquence est étroitement liée à l’art théâtral.

Pour tenter un tant soit peu de comprendre l’Autre, il faut d’abord se connaître soi-même et évidemment sortir de sa zone de confort.

Une personne éloquente réussir à graver des paroles dans les esprits, elle s’installe en nous. Et c’est ça la force de la matière.

Les types d’éloquence :

  • L’éloquence de Tribune
  • L’éloquence de conversation

Une manière un peu clichée de conceptualiser l’éloquence :

Les hommes considèrent qu’un bon orateur, c’est quelqu’un qui se tient droit, qui fait de grands mouvements, quelqu’un qui parle fort, qui gagne et émet une puissance vocale supérieure. En bref, une sorte de condensé de cliché sur la virilité.

Pour les femmes, c’est différent. Elles conceptualisent les choses différemment selon Guillaume. Il y aurait pour lui une sorte d’héritage des conversations de salon du XVIIIème siècle.

Pour autant, être éloquent ce n’est pas jouer simplement un rôle, c’est l’incarner lui donner vie. Lorsque l’on imagine Verges plaider, on voit un homme qui vit ses mots, pris de passion par le sujet de son discours.

Les différents profils d’orateurs :

  • Le Curé : Il a pour habitude de débattre en un contre un. Il préfère les rapports d’intimité. Lorsqu’il parle, il ne voit que vous et ne s’adresse qu’à vous.
  • Le prof : Lui, tente de gérer un groupe plutôt difficile à maintenir calme. Il essaie de capter l’attention parle regard.
  • Le tribun : Il s’adresse à une masse. Il ne la voit pas puisqu’elle immense, indénombrable mais il la sent.

Lorsqu’on énonce un discours, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’objectif n’est pas de de battre les gens mais plutôt de les emmener avec soi, d’établir une communication d’engagement.

Pour les avocats :

Parmi les clients de Guillaume, beaucoup sont avocats. Ils font appel à lui principalement pour deux raisons :

  • Améliorer leur visibilité lors des instances ordinales : il y a une volonté qui ressort beaucoup. Celle de peser auprès de ses pairs, de faire bonne impression mais aussi pour améliorer leur sens de la prise de parole. Beaucoup ne se sentent pas légitime et ça s’entend.
  • Mais aussi pour un évènement particulier : conférence, etc. : Lorsque les avocats commencent à entrer dans le monde médiatique et qu’un d’un coup doivent faire une prise de parole inhabituelle : le ton, les codes ou encore la manière de se comporter selon l’environnement.

L’éloquence ne doit pas être vide de sens. La forme et le fond sont étroitement liés. N’utiliser que la forme revient à être un simple Rhéteur. (Platon les haïssait, d’où la nécessité d’être honnête)

« Les concours d’éloquence sont truffés de phrases bateaux »

Avant tout, un discours est fait pour être compris et non pas pour endormir et pour être simplement beau. L’idée, c’est d’être clair et limpide et simple.

Le goût de la belle phrase vide ne sert pas à grand-chose : ça ne veut rien dire. Et en ce qui concerne le pathos excessif c’est pareil. Emouvoir pour émouvoir n’est pas la solution. Il faut construire un discours, intelligent et entraînant.

Le but de l’éloquence c’est de justement créer un moment « suspendu », créer chez l’autre « la sensation d’un lien, d’une attirance ».

Nous remercions Guillaume Prigent pour son partage d’expérience.

Sachez qu’en plus de développer vos compétences en terme de développement, nous réalisons des formations sur vos softs-skills.

Cet été, participez à la formation « Prendre la parole en public », une formation d’introduction à l’éloquence, d’une journée, sur votre posture afin de devenir un avocat éloquent devant vos clients, devant vos confrères…

Cette formation est réservée aux membres du Réseau Anomia :

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