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« La peine d’enfermement n’aide pas le criminel, c’est une sanction »

La peine d’enfermement n’aide pas le criminel, c’est une sanction

Le podcast du jour est agréable à entendre et à imaginer. Félix de Belloy, partner chez Hughes Hubbard & Reed LLP. Il est un grand avocat en pénal des affaires il a défendu Edouard Balladur, Premier Ministre sous le gouvernement de François Mitterrand, devant la cour de justice, il est partner dans l’un des plus grands cabinets américains et en plus de ça, c’est un homme très engagé dans la vie associative. Vous aurez de quoi vous inspirer.

« J’ai eu envie d’aider des gens qui ont eu moins de chance que moi. »

Avant de devenir avocat, Félix de Belloy était un « jeune homme heureux » issus des beaux quartiers de l’Ouest parisien. Sans savoir pourquoi, il est guidé vers la profession d’avocat.

Ancien cancre, il fait partie de ceux qui ont eu la chance de faire partie de l’époque dite « bénie ». Né en 1974, il valide son bac et sans réelle sélection et va en fac de droit. Il nous avoue dénué de toute gêne, qu’avant, « c’était comme ça » : beaucoup moins sélectives, les universités acceptaient plus simplement les étudiants.

« Je rêvais d’être comédien, je rêvais d’être plein de choses »

Alors qu’il est jeune, fougueux et ambitieux, Félix de Belloy se plaît à toucher à tout, à acquérir de l’expérience, à faire l’aventurier. Pourtant, c’est le droit qui fait chavirer son cœur. Il entreprend un Master en droit constitutionnel (anciennement appelé DEA). Il est passionné de constitutions et notamment celles « d’Afrique noire francophones » nous confie-t-il.

« Tout cela suivait un chemin très hasardeux, je n’avais pas de plan de carrière. »

Félix n’a jamais vraiment eu d’objectifs précis. Il se plaît à se laisser guider là où la vie le mène. Il va instinctivement vers ce qui lui plaît, vers ce qui le fait vibrer.

Son premier stage en droit publique et administratif est une révélation : il sait qu’il ne veut pas faire ça. Si la théorie est intéressante, pour la pratique, c’est tout autre. Elle est barbante, ennuyeuse. Il déclare que ce secteur est « beaucoup moins sexy que le pénal », qui pour le coup en jette beaucoup plus.

Après ses années de droit, Félix, passionné d’Afrique noire, part un an au Sénégal faire son service militaire. Il en profite pour visiter le pays. Il réussit par la suite l’école du barreau pour finir par passer un an aux États-Unis. Il ne s’y épanouit pas particulièrement mais c’est l’occasion d’apprendre l’anglais.

« Je ne referai pas de droit publique »

A son retour en France, il prend la décision de réellement se lancer dans le droit pénal. Il fait d’abord un stage de deux mois avec une référence du droit pénal : Olivier Metzner qu’il considèrera comme un mentor, un père.

Avec son CV pour le moins particulier, hétéroclite et ses passions singulières pour les constitutions et l’Afrique noire, il a du mal à trouver du travail. Finalement, il finit par trouver dans la même lignée un petit cabinet en droit pénal des affaires dans lequel il fait sa première collaboration, un secteur pour le moins récent mais déjà bien ancrée.

Et là … c’est le match parfait. Il découvre peu à peu ce monde dans lequel il veut si vivement faire partie. Il travaille notamment pour des banques.

A 30 ans, il se retrouve à faire partie de la Conférence du Stage qui est pour lui une année « fabuleuse ».

Il a affaire, dans ce contexte-là, à des personnes n’ont plus d’avocat. Il est tiraillé entre « une misère humaine terrible, celle qui mène au crime » et des cocktails au palais de la justice. Le contraste est flagrant. Il est empreint alors d’une grande humanité. Ces réalités sociologiques le poussent à avoir des réflexions intellectuelles. C’est aussi un moment de réseautage. Il rencontre toute sorte de personnes et développe ses relations.

En tant que premier secrétaire de la conférence, Félix commence à avoir de plus en plus de responsabilités. En effet, il doit prendre connaissance très rapidement des dossiers auxquels  il a affaire car tout va extrêmement vite : mise en examen, débat du JLD, procédure d’instruction et ainsi de suite. L’avocat doit se montrer extrêmement attentif et rigoureux, des destins sont entre ses mains. C’est à ce moment qu’il touche en profondeur au pénal criminel.

« On est loin d’être seul »

C’est une responsabilité assez lourde à porter, « un peu vertigineuse ». Pour autant, Félix de Belloy tient à souligner qu’il a ne s’est pas senti seul. Une solidarité très prégnante s’est construite entre les secrétaires, très soutenus par leurs pairs.

Parce que le sentiment d’esprit d’équipe est primordial, n’hésitez pas à vous renseigner sur sujet.

En parallèle, Félix reste dans le petit cabinet qu’il vient de rejoindre et gère des dossiers internationaux puisque grâce à son année passée aux Etats-Unis, il est le seul du cabinet à parler anglais.

Ce sont des années où il touche à tout. En effet, Félix de Belloy s’occupe du pénal de stupéfiant, de vol, de réseaux de criminalité mais il comprend rapidement que ce n’est pas dans ce domaine qu’il est le meilleur, il n’est pas à l’aise.

En réalité, notre avocat se plaît à se « creuser les méninges », à avoir des réflexions profondes. Et justement, le pénal s’y porte. Il aime chercher des stratégies, démêler des énigmes et trouver des solutions pour ses clients. Aussi, il adore écrire, plaider, établir la construction de l’argumentaires et sentir qu’il est une véritable valeur ajoutée pour son client.

Il lui aura fallu tout essayer pour comprendre ce qu’il aimait vraiment.

« J’adore ce métier »

Félix de Belloy est un grand passionné, il se complait à pratiquer le droit, à le voir et à le côtoyer dans toutes ses coutures. Non seulement les enjeux l’intéressent mais en plus il ressent un jeu intellectuel constant dans la défense.

Mais surtout c’est la diversité qui le comble : il défend tout type de personnes il nous explique que cette diversité là le nourrit, le fait vivre. Que ce soit des jeunes, des patrons du Cac 40, des dossiers sur des questions religieuses et de laïcité, des déscolarisés, politiciens, banques, il prend du plaisir partout.

« Je suis venu avec ce que je suis »

Actuellement Partner chez Hughes Hubbard, un cabinet international américain qui est rattaché au pénal américain, il  garde la diversité  et la liberté personnelle dont il a toujours eu besoin pour vivre.

« Je ne serais pas allé dans un cabinet qui n’avait pas cette culture là »

C’était le deal, sans quoi une collaboration n’aurait pas été possible.

Il continue par exemple à prendre des dossiers de personnes qui n’ont pas beaucoup de moyens et à avoir des engagements associatifs. Et il en est bien conscient, cela n’est pas possible dans tous les cabinets.

En effet, ses engagements lui prennent beaucoup de temps. Il est notamment président de l’association l’Ilot, un centre spécialisé en la réinsertion, l’hébergement, et l’accueil pour les sortants de prisons ou les personnes sous main de justice. L’association est en plus entrain de lancer un centre de formation.

L’objectif étant que l’Ilot soit reconnu comme l’association de référence en termes de réinsertion de détenus en prison.

Chaque année environ 90000 personnes qui entrent et qui sortent de prison. La réalité, c’est qu’il y a beaucoup de peines très courtes et que chaque jour, 300 personnes sortent de prison. C’est énorme. Sans compter que les chiffres de récidive sont très mauvais…

Une fois que toutes ces informations sont posées, il faut se demander comment éviter les récidives ?

« Les détenus sortent de prison beaucoup moins bien barrés qu’en y entrant »

Une fois que la peine est exécutée, que la dette envers l’Etat est remboursée, comment aider ?

Dans tous les cas, ce que veut nous faire comprendre Félix c’est qu’en aidant les sortants de prison, on aide indirectement les potentielles victimes aussi.

En les aidant à trouver « un boulot, une famille, un toit, » on leur donne droit à une stabilité.

Dans les maisons d’arrêt le gros des troupes, nous dit-il, ce sont les 18-25 ans et ces personnes là ont droit à un avenir, il faut faire changer les choses. La condamnation morale est la plus fatale. Le gros du travail est à faire auprès de l’opinion publique.

« La peine d’enfermement n’aide pas le criminel, c’est une sanction »

Si on parle en termes financiers, la récidive couterait à l’Etat 500 million chaque année, qu’aurions-nous à perdre à prévenir cela ? Au final, c’est tout dans l’intérêt de la société.

Pourtant les gens ne veulent pas que ce soit « le club med ».

L’Ilot lutte contre cet abandon de la part de la société en accompagnant les concernés à la sortie mais aussi pendant leurs peines avec des ateliers de formation par exemple.

Le profil de Félix de Belloy est touchant tout en restant énigmatique, il est inclassable. Le métier d’avocat est très prenant se confie-t-il, il est absorbant. Ainsi, les activités qu’il développe parallèlement sont sa dose d’oxygène. Il se plait à rencontrer des gens de tous milieux et de tous types. Et c’est grâce à cela qu’il gagne en expérience et que, par conséquent, de plus en plus de direction juridique le reconnaissent. Il déclare aussi avoir eu beaucoup de dossiers grâce à ses confrères.

Entre le procès Balladur, l’affaire Karachi et la condamnation de l’état pour contrôle au faciès, Félix de Belloy joue sur différent tableaux et c’est ça qui le fait se sentir vivant. Président de l’Ilot et fondateur de l’association Proxité, Maître de Belloy est un homme d’engagement, de passion. Il n’hésite pas à assumer ses opinions et surtout, à les défendre.

Un grand merci à lui pour nous avoir partagé sa passion et nous avoir transmis son amour pour le métier, quelques moments de sa vie et de sa carrière. Un modèle pour la profession !

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