J’ai choisi d’être avocat au Luxembourg

Romain Del Degan a fait ses études de droit à l’Université de Lorraine, à la faculté de droit de Metz plus précisément. Titulaire d’un Master 1 mention Droit de l’entreprise, parcours Société et Fiscalité, il entreprend de s’inscrire, par la force des choses, aux Cours Complémentaires en Droit Luxembourgeois pour accéder à la profession d’avocat au Luxembourg.

Ses efforts sont couronnés de succès puisqu’il exerce aujourd’hui en tant qu’avocat chez Turk et Prum. A la demande de l’équipe d’Anomia, Romain se confie sur sa vie d’avocat luxembourgeois.

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Il y a lieu tout d’abord de préciser que très tôt, j’ai voulu exercer la profession d’avocat. Mon parcours a donc été effectué dans son intégralité avec cette idée en tête qui ne m’a jamais quitté l’esprit. Il s’agit de ce fait d’un parcours assez classique. J’ai très vite fait en sorte que mon cursus étudiant puisse me permettre d’atteindre mon objectif. A commencer par le Bac ! J’ai choisi en effet de faire un Baccalauréat Littéraire dans une optique clairement affichée d’apprentissage avancé des langues. Je pensais déjà, à ce stade de ma vie, que la maîtrise de plusieurs langues serait un avantage considérable pour mon futur métier.

Par la suite, je me suis inscrit à la Faculté de Droit de Metz, dans laquelle j’ai obtenu ma licence en droit privé, sans faux pas. Je n’y étais certes pas l’étudiant le plus brillant, mais je ne perdais pas de vue mon objectif final. J’étais d’ailleurs très curieux. Curiosité qui a pu m’amener à différentes reprises en salle d’audience à Metz, où j’ai notamment pu voir plaider Maître Eric Dupond-Moretti, ou encore assister au procès du meurtre de Montigny-lès-Metz.

Après l’obtention de ma Licence, je suis resté à Metz où j’ai effectué un Master 1 en Droit de l’entreprise parcours Société et Fiscalité. L’objectif était d’accroître mes connaissances en droit des sociétés et en droit des affaires dans cette formation, domaine qui m’intéressait et que je n’avais pas eu l’occasion d’étoffer lors de ma licence.

Jusqu’alors mon parcours était assez simple et mes choix s’étaient avérés concluants. J’avais déjà comme projet de réaliser ma carrière au Luxembourg. Or, seul le Master 2 en Droit des affaires transfrontières de la Faculté de Droit de Metz me semblait, à ce moment, en réelle adéquation avec ce que je voulais faire. Je considérais même qu’un autre Master 2 représenterait une perte de temps pour moi. A cette période je n’ai donc effectué qu’un seul choix de Master 2 et je me suis malheureusement trouvé sur liste d’attente. J’avais un plan B, mais cela n’a pas empêché le coup de massue.

L’accès la profession d’avocat au Luxembourg passe notamment par l’obtention du certificat de formation complémentaire en droit luxembourgeois à l’issue d’une formation intitulée Cours Complémentaires en Droit Luxembourgeois (CCDL). Cette voie est ouverte aux diplômés français après l’obtention d’un Master 1. L’inscription au CCDL devant être conclue au courant de l’été, j’ai dû me résoudre à m’y engager sans Master 2, contrairement à mon plan initial.

Ce choix a pu paraître difficile puisque c’est le moment des remises en question, on se demande pourquoi, ce que l’on a pu faire de mal, si tout cela en valait vraiment la peine, et c’est notamment à ces moments qu’on comprend qu’on ne sait pas de quoi l’avenir est fait. Il se peut qu’en deux mois de temps la tendance s’inverse complètement et nous sommes dans une situation beaucoup plus avantageuse que l’on aurait imaginé. C’est ce qui m’est arrivé. Pendant la période des CCDL j’ai été engagé au cours du mois de novembre dans mon étude actuelle (NB : au Luxembourg on peut désigner un cabinet d’avocats par le terme « étude ») et j’avais la certitude d’exercer chez eux en tant que collaborateur en cas de réussite de mes CCDL. C’était clairement une source de motivation pour réussir mes examens.

Le système luxembourgeois est différent du système français. Au Luxembourg, le nombre de matière à passer est important. Les examens y sont, en toute honnêteté, plus faciles qu’en France, mais la difficulté principale réside dans le fait qu’il faut obtenir la moyenne dans l’ensemble des matières. Si vous obtenez ne serait-ce qu’un 9 dans une petite matière, vous ratez le concours. De plus, pour pouvoir exercer effectivement la profession d’avocat, il faut aussi effectuer en complément un certain nombre d’heures de cours en langue allemande et luxembourgeoise.

Pour ma part, dans mon ressenti personnel, ce fut la période d’examen la plus dure que j’ai eu à connaître. L’enchaînement d’examens était extrêmement intense et éprouvant. Mais j’ai tenu bon. J’ai réussi à valider ce concours et à être assermenté en septembre 2019.

Pourquoi as-tu choisi le Luxembourg ?

La décision d’exercer cette profession au Luxembourg s’est prise lors de mes stages. Il est clair que la proximité géographique est un argument non négligeable. Cependant lors de mes différents stages, j’ai surtout été marqué par les enjeux très importants des différentes affaires. Dans ce pays de petite taille et à l’importance économique notable, nous pouvons rapidement toucher et être en contact avec des dossiers à enjeux très importants, à caractère international, et nous rapprochant d’institutions ou de personnes pouvant paraître intouchables. Ici, on est directement lié à de grosses structures et en contact direct avec ce qui paraît inaccessible. C’est certainement dû au fait que ce soit une capitale, pour retrouver un équivalent en France, il faudrait être à Paris.

C’est donc au travers de mes stages que j’ai pu réaliser à quel point l’enrichissement juridique pouvait être décuplé au Luxembourg. Un autre argument non négligeable est que tout est à proximité. Il n’y a que 3 villes disposant de tribunaux, cela permet d’éviter les déplacements à outrance, et de concentrer ses intérêts dans certains lieux.

Concrètement, c’est quoi être avocat au Luxembourg ?

Personnellement, je travaille dans un cabinet d’avocats de contentieux, il s’agit de l’étude Turk&Prum. Contentieux, c’est-à-dire que nous assistons nos clients dans tout type de litige, que ce soit des procédures commerciales, civiles, pénale, travail ou administratives. Par ailleurs, nous accompagnons aussi bien nos clients particuliers que des sociétés.

Cet accompagnement résume assez bien le métier d’avocat, dans le sens où notre rôle n’est pas simplement de défendre les intérêts de notre client face à un tribunal. Non, il, s’agit d’un réel accompagnement, pré-judiciaire et post-judiciaire. Nous les conseillons avant tout litige. Nous communiquons avec notre adverse, les négociations extracontractuelles interviennent beaucoup plus qu’on ne le pense… En réalité, il y a énormément de stratégie, chaque affaire est un nouveau jeu d’échecs.

Lorsque les dossiers débouchent sur des conflits au tribunal, nous représentons nos clients devant les instances. Nous rédigeons les actes introductifs d’instance, nous organisons les demandes, les plaidoiries, les pièces, jusqu’à ce qu’un résultat aboutisse. Suite à ce résultat, nous accompagnons notre client après le conflit en lui conseillant de quelle manière agir et en vérifiant que toutes les diligences sont effectuées. Il y a de réelles responsabilités liées à tous ces enjeux !

Cela prend aussi beaucoup de temps. Dans le cas de mon étude, nous sommes indépendants, c’est-à-dire que nous travaillons sur les dossiers de l’étude et nous en effectuons la gestion comme s’ils nous appartenaient. Généralement 2 ou 3 avocats sont sur un même dossier. Mais ce statut nous permet à côté de pouvoir détenir une clientèle personnelle. Il y a donc une rémunération fixe de l’étude et une rémunération personnelle provenant de nos clients et des honoraires fixés en accord avec eux. Il y a donc deux salaires. L’avantage de ce métier est de pouvoir noter une rapide évolution salariale. Vous ne gagnez pas la même somme d’une année à une autre surtout lors des premières années. Par la suite, avec de l’expérience, vous pouvez augmenter considérablement vos revenus en augmentant votre base de clientèle et en augmentant vos honoraires.

Cette liberté professionnelle se reflète aussi dans le travail. En effet, bien que mes journées soient assez longues, je suis totalement libre dans mon organisation de travail. Généralement, une journée débutera à 8h00 et se finira à 19h00 pour moi (en prenant en compte le fait que les audiences au tribunal se déroulent à 9h00 et 15h00). Au sein de ces horaires la gestion du travail est totalement libre et a l’unique volonté de l’avocat. Au final le mot d’ordre est que le travail soit fait, bien fait, dans les délais.

Quelles sont, de ton point de vue de professionnel luxembourgeois, les compétences que doit acquérir un avocat en plus de sa formation juridique ?

Tout d’abord, en contrepartie de la liberté dont dispose un avocat au quotidien, l’avocat se doit d’être rigoureux ! Cette compétence est essentielle à un bon avocat, puisque son quotidien sera rythmé par des délais à ne pas louper, des audiences à ne pas manquer, des préparations à anticiper.

De plus, comme expliqué précédemment, le métier d’avocat revêt une réelle dimension de conseil du client. Il faut donc avoir une relation très pédagogue avec son client pour lui expliquer au mieux sa situation, les difficultés auxquelles le dossier peut se heurter, mais aussi d’une manière plus générale, les tenants et les aboutissants de son litige.

L’avocat doit aussi être un fin négociateur. Il faut savoir « qu’un bon arrangement vaut mieux qu’un mauvais procès ». Généralement, toutes les parties à un litige sont d’accord pour s’entendre extrajudiciairement, ne serait-ce que pour limiter les frais de procédure. Et, c’est là que le rôle de l’avocat négociateur est important. Il doit constater ce à quoi il est prêt à s’engager, mais aussi faire en sorte que la transaction finale soit dans l’intérêt de son client, c’est tout un jeu stratégique semblable à une partie de poker finalement.

Enfin, il est clair que, hormis ces qualités, l’avocat doit avoir certaines compétences selon sa spécialité. Au Luxembourg, vu le nombre de sociétés, des connaissances du monde des affaires, de business, du marché de l’immobilier, du marché économique sont des connaissances qui sont de réels atouts pour gérer au mieux un dossier.

Comment aimerais-tu que ta carrière évolue ?

L’objectif à court terme est de passer l’avoué, concours permettant de devenir avocat à la cour et de représenter moi-même mes clients face aux instances du tribunal d’arrondissement (équivalent du TGI en France), je passerai cet examen d’ici un an et demi.

Par la suite, il faudra accroître encore et encore mes connaissances juridiques et me faire un vrai nom dans le métier. Il est clair que devenir Partner est un vœu que j’espère voir se réaliser un jour. Avoir en plus de ce métier la gestion d’un cabinet serait le plus bel aboutissement pour moi.

J’ai aussi une volonté, peut-être utopique, de pouvoir représenter de plus en plus de monde dans le domaine du sport, qui est une de mes grandes passions. Je me vois bien avoir pour clientèle des associations sportives, des clubs ou des joueurs, et pourquoi pas, si l’occasion se présente, être aussi en lien avec les entités sportives internationales ou nationales. Cela passera par les opportunités de vie. Il faudra cependant savoir les saisir au moment où elles se présenteront.

L’objectif principal reste de ressentir chaque jour la même passion et fierté en exerçant ce métier.

Quels conseils peux-tu donner à ceux qui souhaitent un jour exercer au Luxembourg ?

Je pense que le mot d’ordre est la curiosité. Soyez curieux du monde qui vous entoure. N’hésitez pas à demander des conseils, à effectuer des stages, à redemander du travail, à poser des questions.

Cette curiosité marquera dans toute étude d’avocats. Si vous y mêlez aussi une rigueur de travail et une connaissance juridique approfondie, et que vous démontrez vouloir accroître l’ensemble de ces capacités, nul doute que quelqu’un reconnaîtra à un moment ces vertus et vous mettra sur le devant de la scène pour vous donner les moyens d’accomplir votre réussite professionnelle.

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