Évolution de l’exercice de la profession d’avocat : s’adapter pour ne pas subir !

Lorraine de Groote, actuellement en LL.M. de droit international des affaires à Singapour, est élève-avocate.

Ancienne étudiante de la prestigieuse Université Paris 2 – Panthéon Assas, c’est au cours de son cursus universitaire qu’elle a été sensibilisée à la question du numérique. Un sujet qui continue de la passionner et de l’interroger à l’aube de sa carrière professionnelle. En effet, Lorraine est intimement convaincue que l’avenir de la profession d’avocat se joue dans sa capacité à absorber la transition digitale. Elle a accepté d’expliquer son point de vue pour Anomia.

Comment as-tu été sensibilisée au numérique à travers ton parcours ?

Au cours des séminaires dispensés au Diplôme Universitaire (D.U.) en Civilisation et Droits de Common Law, j’ai pu appréhender un modèle juridique distinct intégrant depuis plusieurs années les opportunités offertes par la legaltech et le digital. Plus tard, en animant des conférences avec des acteurs de premier plan de l’innovation juridique (Legalstart, Doctrine.fr), j’ai compris à quel point le numérique pouvait apporter des éléments de réponses substantiels aux problématiques traditionnelles du monde du droit.

J’ai alors choisi de m’engager dans ce domaine tant au niveau associatif qu’universitaire. Au niveau associatif d’abord, en tant que membre d’Assas Legal Innovation qui s’intéresse à l’innovation juridique. Au niveau universitaire ensuite, avec le suivi du diplôme de Droit et Technologies du Numérique à Assas, initié notamment par Stéphane Baller, en parallèle de mon Master 1. Ce diplôme m’a formée entre autres aux notions de propriété intellectuelle liée au numérique, objets connectés, IA, blockchain et cybersécurité. J’ai également suivi des MOOCs en sécurité des systèmes d’information et en données personnelles.

Une fois diplômée du Master 2 Droit des affaires / MBA Management-Gestion d’Assas, j’ai eu la chance de faire un stage extrêmement enrichissant chez Parallel Avocats, cabinet spécialisé dans le conseil et la défense des plateformes numériques et marketplaces. Rentrée à l’EFB en janvier, je fais actuellement un LL.M. en droit international des affaires à Singapour.

Selon toi, quel est l’apport de la legaltech pour l’avocat ?

Lorsque j’ai entendu parler de legaltech pour la première fois, je pensais voir un bouleversement des usages et des modèles économiques. A l’image des fintechs, les legaltechs ont elles aussi disrupté le marché traditionnel du droit. Cette révolution – toujours en cours – était pour moi le début de l’automatisation complète d’un service juridique à destination des professionnels du droit comme des justiciables, pour le moins pour les tâches simples et automatisables.

Il est aujourd’hui indéniable que ces legaltechs sont une opportunité pour les avocats de gagner du temps dans la recherche documentaire (iManage RAVN), la gestion de dossiers (case.one), la rédaction documentaire (Gino Legaltech), la vérification diligente et l’analyse juridique, ce qui a un impact en termes de coûts. Mais ces outils ne sont en rien un moyen de remplacer les avocats qui gardent leur valeur ajoutée à travers la compréhension des enjeux juridiques des faits, le conseil, la négociation ainsi que la plaidoirie.

Ce gain de temps est un facteur de performance et d’augmentation de la croissance des cabinets. Il serait évidemment impossible d’énumérer la multitude de legaltechs qui existent tant la diversité de leur modèle et des secteurs qu’elles impactent est grande. Entre celles qui informent le client de ses droits, celles qui mettent en relation les avocats, les nouveaux moteurs de recherche juridique ou encore l’émergence de la justice prédictive, il est facile de s’y perdre. Cette source de performance peut représenter un certain coût, mais il n’est sans aucun doute un réel investissement (à condition d’investir également dans la formation des avocats à leur utilisation).

Toutefois bien conscients de cette opportunité, certains cabinets d’avocats semblent avoir des réticences à les intégrer dans leur quotidien. Cette révolution dans le fonctionnement des cabinets d’avocats ne semble, au fond, pas réellement avoir eu lieu. Cela peut s’expliquer notamment par le coût souvent prohibitif et le temps que demande cette transformation aux cabinets. Il y a également un manque de connaissances des outils existants en raison de l’absence de liste exhaustive des solutions qui sont à la disposition des avocats. En ce sens, l’Asie nous offre un bel exemple avec la publication de « 2019 State of Legal Innovation in the Asia Pacific » qui donne un panorama synthétique et complet des différentes legaltechs existant à Singapour, au Japon, en Malaisie notamment.

Pourquoi l’avocat doit avoir une connaissance du numérique ?

Il semble nécessaire que tout avocat soit formé à l’utilisation d’internet, de son smartphone, des logiciels du cabinet et plus généralement, sensibilisé à la réalisation d’audits réguliers des systèmes d’information. L’objectif de cette formation étant d’aider l’avocat à comprendre l’importance de la protection des données à caractère personnel des clients, elle-même essentielle à la garantie du secret professionnel et facteur de transparence et de confiance à l’égard des clients.

Plus généralement, de nombreux secteurs sont touchés par la transition numérique avec l’arrivée de la blockchain et de l’intelligence artificielle : la banque, la santé, le commerce, les moyens de paiement. C’est donc d’abord une exigence du client : pour ne pas perdre sa confiance, que l’avocat doit constamment comprendre son modèle.

Par ailleurs, la naissance de nouveaux secteurs du droit qui n’existaient pas avant permet à l’avocat de développer une expertise dans des secteurs de niche : le e-sport, la reconnaissance faciale, les marketplaces, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, les ICO.

Quel est le risque pour l’avocat de rester en marge de cette évolution ?

Si les avocats ne profitent pas de ce virage numérique pour intégrer des legaltechs dans leurs process, ils risquent de se faire concurrencer par les directions juridiques des grandes entreprises qui auront les moyens de développer des outils adaptés à leurs besoins sans avoir recours aux services d’un avocat ou par les legaltechs elles-mêmes.

Dans le pire des scénarios, on peut imaginer qu’à l’instar de Kodak qui a manqué la transition numérique, les cabinets subissent eux aussi cette révolution.

Le mot de la fin…

Beaucoup d’outils sont à la disposition des avocats pour se former : MOOC, conférences organisées par des associations comme Open Law, le village des legaltechs, les diplômes universitaires ou les masters spécialisés en droit et nouvelles technologies se multiplient y compris en formation continue.

Le numérique est un secteur passionnant et vivant, qui n’est pas une application simple du droit mais qui demande de rechercher les principes juridiques qui pourraient s’appliquer à des nouveaux modèles. Aujourd’hui de nombreuses questions restent ouvertes, notamment l’encadrement juridique de la voiture autonome ou encore de la reconnaissance faciale.

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