Défier son manque de confiance pour devenir une grande avocate.

En quoi se faire confiance, braver les épreuves, relever de nouveaux défis irrigue le long chemin jusqu’au métier d’avocat et caractérise ce graal ?

Lorsque Valentin Tonti Bernard m’a demandé de relever le défi d’écrire un article pour Anomia, ma première réaction a été « et pourquoi moi » ? La seconde fut de me lancer.

Cette première illustration met en exergue la problématique fondamentale qui touche la plupart des étudiants, dont je suis l’exemple typique, voire le « cliché » même : le manque de confiance, la crainte de se lancer, due à un cerveau lanceur d’alertes, mettant sur le devant de la scène les incertitudes perlant le chemin, ses propres faiblesses, son manque d’expérience, son propre défaut de légitimité. Cette facilité, cette incroyable faculté qu’à un étudiant en droit à se dévaloriser perpétuellement, sans cesse, je l’ai rencontrée, j’en subie personnellement les travers tous les jours, mais au lieu d’en être passivement une victime de plus, j’ai décidé de le défier et de le surmonter.

Originaire des Vosges, d’un village de 700 habitants qu’il est inutile de mentionner, j’ai commencé mes études de droit à Nancy, à l’Université de Lorraine. Puis, en septembre dernier, suite au concours du Magistère juriste d’affaires de Paris II, obtenu à ma plus grande, et heureuse surprise, je suis entrée à Assas. Ce fut un véritable défi, d’une part de tenter le concours, de prétendre avoir une chance de passer les épreuves mais surtout d’espérer les réussir. Or, ce fut le cas. Depuis, suite à une acclimatation nécessaire à la capitale, et aux exigences d’une telle formation, je tente, jour après jour, pas à pas, de prendre conscience que, ce défi relevé, d’autres plus colossaux m’attendent devant moi, ne désirant qu’une chose : que je les saisisse. Or, braver les craintes inhérentes à un nouveau défi, n’a rien d’évident, loin s’en faut. C’est sur ce thème, à la fois personnel et transposable à une grande généralité d’étudiants, que j’ai décidé d’écrire aujourd’hui.

Comment braver ses craintes, avancer et en quoi est-ce essentiel à la réussite, au parcours de chacun, a fortiori pour espérer construire sa place parmi les grands noms du barreau ?

Du haut de mes vingt ans, il m’est impossible (braver les épreuves c’est aussi reconnaitre ses limites), d’affirmer péremptoirement quelle est la « bonne » méthode à suivre afin de quérir la clé de la réussite, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de juste, d’unique méthode, de belle opération mathématique qu’il suffirait d’appliquer pour trouver sa place et réussir.

Dans un premier temps, il convient de s’arrêter sur la notion même de réussite : qu’est-ce que « réussir » et pourquoi vouloir « réussir » ?

Selon un adage, la réussite en soi n’est pas l’arrivée mais plutôt le chemin parcouru. Cette maxime me semble tout à fait transposable aux études de droit, si ce n’est même à une philosophie de vie générale.

Le monde contemporain, on le sait, nous insurge à la compétitivité, à donner le meilleur de soi-même, encore et encore, à se comparer à ses collègues, à ses proches, et même à ceux qui sont réputés « avoir réussi ».

Or, si l’on décompose cette véritable doctrine de réussite, on se rend compte qu’il n’y a pas « une » réussite, comme il n’y a pas « une » méthode de réussite. Au contraire, il revient à chacun d’entre nous de tracer son chemin, selon ses gouts, inspirations, talents propres, et uniques.

De même, il n’y a pas un seul chemin, une seule voie, une route tracée pour devenir avocat. Il faut alors se détacher d’un prétendu concept unique de réussite, pour former, pas à pas, sa réussite. Cela n’a rien de simple, loin s’en faut.

Quelles sont alors les clés pour trouver sa voie ?

Mon expérience, aussi courte soit-elle, m’a apprise que la route personnelle vers sa réussite est faite en réalité de hasards, de rencontres, d’aléas (pour parler en langage de juriste averti). En réalité, si l’on déconstruit son propre chemin académique, nous pouvons constater qu’il est perlé de « et si ». Je m’explique, à travers l’illustration qui je connais le mieux, à savoir mon parcours. Me concernant, si je n’avais pas rencontré ce chargé de td (M. Arthur Braun), qui m’a poussé à me surpasser séance après séance, pour in fine me convaincre de déposer mon dossier au magistère DJCE d’Assas, je ne l’aurais pas fait, je n’en aurais tout simplement pas eu le courage, de peur d’échouer.

Ce constat nous amène à nous poser la question suivante : qu’est-ce que l’échec ?

Comme dit précédemment, la réussite, votre réussite n’est pas l’arrivée, mais le parcours accompli. Or, échouer est consubstantiel, voire même nécessaire à tout cheminement personnel, à toute quête de sa réussite, ne serait-ce que pour l’endurcissement personnel mais surtout pour l’apprentissage de soi. En effet, l’échec suppose de se relever. Se relever suppose le courage de se relever. A travers cet article, le lecteur le plus averti comprendra que ces lignes me servent de prétexte pour vous exhorter à surmonter vos craintes, qui vous empêchent d’avancer, de tenter, si ce n’est de vous épanouir.

Le métier d’avocat implique nécessairement la prise de risque continue. Or, durant les études de droit, la tendance est plutôt à assurer sa sécurité, son confort, à maintenir sa notation en telle matière, et non, au grand jamais, de se détacher du parcours purement scolaire pour tenter de nouvelles expériences toutes aussi enrichissantes et sources de savoir, si ce n’est davantage. Encore une fois, j’en suis le premier exemple, mes démons m’asservissant à la douce sécurité universitaire, cherchant à me convaincre que, de toute manière, tenter une nouvelle expérience serait voué à l’échec du fait de mon manque de préparation, de mes faiblesses et que sais-je encore.

Or, comme démontré précédemment, il s’agit ici typiquement d’un raisonnement erroné, faussé et injustifié. En droit, on nous apprend à raisonner avec méthode, à appliquer de parfaits syllogismes ou encore à réaliser une balance des intérêts la plus équilibrée possible.

Si vous appliquez ces dernières à votre quête, votre chemin, vous ne pouvez aboutir à la conclusion selon laquelle toute nouvelle expérience est de facto vouée à l’échec. Par un parfait syllogisme consistant à reconnaitre objectivement ses points forts dans la majeure, pour ensuite l’appliquer à l’initiative projetée dans la mineure, vous aboutissez à une conclusion en vertu de laquelle l’expérience vaut la peine d’être tentée, d’être vécue. De même par une balance des intérêts adéquate, confrontant les risques et les avantages (l’échec étant en soi un avantage dans la mesure où ce dernier est sans doute le plus formateur), vous aboutissez à une solution identique à la précédente.

Ainsi, que vous soyez un amoureux de la méthode chère aux juridictions européennes ou un éternel passionné du célèbre syllogisme à la romaine, vous êtes tous en mesure de braver les épreuves, de reconnaitre que la vie monotone n’est pas, que les nouvelles expériences forment le mieux l’esprit d’un avocat aguerri, prêt à affronter vents et marées de dossiers. Il appartient à chacun de prendre la décision de suivre son chemin, pour trouver sa réussite, en allumant cette lumière de confiance dont nous sommes tous dotés, en acceptant d’affronter le sort, selon la célèbre doctrine de César, alea jacta est

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